Albert Boton est devenu graphiste et dessinateur de lettres par hasard. Son père menuisier ébéniste le destinait à une carrière dans cette discipline mais le jeune Albert ne pensait qu’à dessiner. Lors d’un chantier dans un immeuble du seizième arrondissement dont il répare les fenêtres, la révélation ! Au dernier étage un studio de dessin publicitaire. Entre deux coups de rabot, il fait connaissance de l’équipe et décide de changer de carrière.

Après son service militaire il apprend le métier au sein de cette équipe et suit, à l’école Estienne, les cours d’Adrian Frutiger. Un an plus tard Albert Boton le rejoint au sein de la fonderie Deberny & Peignot. Suivent quelques année de collaboration au studio Hollenstein, où Albert crée une vingtaine de caractères exclusifs pour le nouveau catalogue de phototitrage Hollenstein.

Sa carrière se poursuit en tant que directeur artistique dans différentes agences de publicité et de design, dont Delpire (Cacharel, Citroën, Schlumberger…) et Carré Noir où il dirige le département “Cadrat” spécialisé dans l’identité visuelle d’entreprise et la typographie, (Vichy, Erato, La salle Pleyel, Lesieur, Dalloz…) avec toujours en parallèle une activité de créateur de caractères en indépendant.

Durant des années il enseigne également la calligraphie et le dessin de lettres à l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs et à l’Atelier National de Recherche Typographique.

Albert Boton continue d’être toujours actif dans ses domaines de prédilection : le logo, la création d’alphabets, la photographie, l’aquarelle.

Un écrivain donne l’essentiel de lui-même dans une phrase. Albert Botton se donne complètement dans chaque lettre. Il est l’un des derniers grands typographes français de tradition et de formation classique de la génération pré-informatique. En presque 50 ans de carrière, il a connu le plomb, le phototitrage, la photocomposition, puis l’ordinateur. Au total il a réalisé près d’une cinquantaine de polices de caractères ainsi que des alphabets d’entreprise et une quantité impressionnante de logos. Tout ce qui nous semble évident aujourd’hui par le traitement de texte et par un clic pour choisir son lettrage, cache l’importance du passé dans la longue histoire des dessinateurs de lettres.

Naissance d’un alphabet

FranckMandon_AlbertBoton_Typographie
Comment formaliser l’abstrait en fixant l’éphémère ? Grâce au travail, à la réflexion, à la technique et surtout grâce à l’acuité visuel et l’habilité de la main. Pour Albert Botton la mise au point d’une police de caractères passe par trois étapes clés :

  1. Tout d’abord on commence par une recherche graphique au crayon, un dessin initial à main levée.Puis on dessine quelques lettres, on installe les verticales, les obliques et les rondes ainsi que le rapport entre les pleins et les déliés.
  2. Quand l’idée prend forme on fait une photocopie agrandie du crayonné, placé sous du calque on façonne et structure le dessin pour arriver à un tracé précis de chaque lettre. On réduit ces premiers dessins en photocopie et on teste son caractère en découpant lettre à lettre en les collant côte à côte, on voit déjà apparaître en gris, une sensation de lecture.
  3. Après avoir dessiné les 500 signes par série, on passe les dessins au scanner puis on les bascule sur le logiciel phontographer. La procédure consiste alors à nettoyer les courbes de leurs points indésirables et de restructurer avec les courbes de Bezier le dessin initial. Dans le même temps on définit l’espace entre les signes ainsi qu’entre les mots.

Ce qui prend beaucoup de temps, plus que le dessin, c’est justement ce travail sur les approches, autrement dit l’espace entre les lettres.
Le blanc en typographie est une grande importance (comme l’espace en architecture) car c’est le noir qui est visible mais c’est le blanc qui le rend lisible.

C’est le vide qui donne la beauté au plein

Une police de caractères comporte plusieurs séries : romain, italique, légers, normal, demi-gras et gras. Chaque série comprend environ 500 signes multipliés par 4 séries en romain plus 4 séries en italique cela fait 4000 dessins, qui, avant l’arrivée de l’informatique, étaient exécutés un par un à la main sur carte à gratter.

Le logotype

FranckMandon_AlbertBoton_Logos
Albert Breton est un inventeur de langues esthétiques, emblématiques et symboliques : de la typo au logo. Forme moderne de l’héraldique, le logo permet d’identifier immédiatement le produit. Le travail est le même que l’on dessine un alphabet ou un logo : c’est un travail sur l’équilibre entre formes et contre-formes. Le logotype peut prendre différents aspects :

  • Un nom seul (ex.: Coca-Cola)
  • Un signe : c’est-à-dire un symbole ayant une autonomie en dehors de la marque (le bonhomme Michelin, le lion Peugeot)
  • Un bloc-marque : l’ensemble du logotype de la marque (nom, typo, couleur) inscrit dans une forme fermée.

L’idée consiste à choisir le signe qui, malgré sa simplicité, portera le message en intégrant les 3 fonctions de la reconnaissance : l’impact, la lisibilité, la pertinence. Cela peut naître sur une nappe de restaurant au cours d’une conversation, comme dans le métro ou sur une table à dessin. Le travail de recherche est constant. Organisé d’une manière prédéfinie, associé éventuellement à l’iconographie et au code couleurs, le logo, porte-drapeau de la marque doit être un signal, une injonction saisissable en un instant.
De plus il doit s’inscrire dans la durée, c’est le temps qui contribue à son statut. Qu’il soit plutôt la recherche d’une expression symbolique ou la représentation fidèle de l’objet, le plus important est que, par sa distinction et sa rareté, il deviennent intemporel.

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